20 femmes face au cancer du sein – Agnès FONTAINE

20 femmes face au cancer du seinC’est un drôle de livre qui aborde un mal féminin : le cancer du sein. C’est un livre conçu et rédigé pour accompagner les femmes dans la maladie. C’est un livre voulu par un homme mais écrit par une femme.

Elles sont vingt à se donner la parole pour raconter chacune une étape de leur cancer du sein. Vingt femmes dans la tourmente, vingt femmes qui se révoltent. Vingt femmes qui doivent vivre la maladie et faire en sorte que les autres la vivent aussi. Les autres… le compagnon, les enfants, la famille, les amis, les collègues, les soignants. Mais vingt femmes qui restent femmes envers et contre tout.

Le thème est douloureux mais la plume est légère. Jamais anxiogène, toujours pragmatique, teintée d’humour et un brin féministe! Elle vous livre un conte plein d’émotions sur le cancer du sein… qui se lit comme un thriller.


Le témoignage de Coralie

A genoux!

Coralie est excédée.

Descendre de ses Monts d’Or avec la fermeture du tunnel de la Croix-Rousse devient une véritable épopée. Mais aujourd’hui, est-ce la pluie ou la énieme grève annoncée des transports en commun, elle n’en sait rien, toujours est-il que la ville est paralysée et la circulation, bloquée.

Résultat, elle est en retard malgré toutes les précautions prises. Un coup d’oeil à son portable le lui confirme. Déjà vingt minutes ! Elle pense au temps perdu sur Internet. Pour rien…

Coralie enrage. Elle n’aime pas les contretemps.

Hôpital Saint Côme et Saint Damien.

Ouf, elle est arrivée. Elle se gare, attrape son sac et se dirige vers l’entrée.

Deux portes automatiques se dressent devant elle. Une rose et une bleue. Elle choisit la rose. C’est sa couleur préférée. Mauvaise pioche, un mot scotché dessus annonce « fermée pour cause de froid ».

Décidément, ça continue !

La jeune femme assise derrière la banque d’accueil lui indique l’ascenseur à prendre pour rejoindre le service de radiologie. Coralie appuie sur le bouton du deuxième étage et farfouille dans son sac à la recherche de son ordonnance.

Parfait, la voici. Docteur Dumollet – IRM du genou.

Elle a aussi la lettre d’accompagnement et sa carte vitale.

Une voix suave lui annonce qu’elle est arrivée. Tant mieux! Mais les portes tardent à s’ouvrir. Que se passe-t-il encore ??? Un léger sursaut de la cabine et la voilà libre. Elle se présente au secrétariat, tend ses papiers et s’excuse pour son retard.

« Ne vous inquiétez pas pour ça, lui répond la secrétaire, l’IRM est en arrêt pour deux heures. Des problèmes de maintenance. Je vous laisse vous installer en salle d’attente…

— Mais vous voulez dire que je vais attendre deux heures ici !

— Oui… que voulez-vous que je vous dise ? Vous pouvez aller faire un tour si vous le souhaitez. Il y a une rue commerçante pas très loin. Vous avez largement le temps.

— Je ne suis pas venue faire les boutiques, réplique Coralie d’un ton sec, je suis venue passer une IRM du genou. »

Elle a haussé le ton. Mais la secrétaire est déjà occupée au téléphone. Coralie est furieuse. Elle déteste le lèche-vitrine et les essayages. Elle n’aime pas la mode et la mode le lui rend bien. Il faut dire que Coralie est un peu enrobée. Oh rien de catastrophique bien sûr ! Mais cet embonpoint la nargue régulièrement à l’approche des beaux jours. Elle le sait, elle assume. Enfin… elle essaie…

Petite, c’était facile, elle était rondelette, c’était plutôt mignon. A l’adolescence, elle est devenue la « grosse ». Dans le regard des garçons, c’était déjà moins simple. Puis vinrent les enfants qui alourdirent la note et les régimes successifs qui ne l’allégèrent guère. De guerre lasse, Coralie a tout arrêté. Ronde, elle est, ronde, elle restera. Mais elle fuit autant que faire se peut les miroirs et les commentaires fielleux qui vont avec.

Ça vous va TRES bien!

MENTEUSES…

Ça ne lui va pas bien du tout, ça la boudine, elle n’est pas dupe. Et le soir même, la moue dubitative de son mari le lui confirme.

Bof ! Oui, bof.

Alors pour s’épargner ce chemin de croix, Coralie achète le moins possible et le plus souvent sur Internet. Mais aujourd’hui, le choix est cornélien. Sur la table basse entre deux fauteuils gît une pile éventrée de magazines féminins. A la « une », des mannequins longilignes aux jambes interminables, un idéal féminin à des années-lumière de Coralie et qu’elle ne peut ne serait-ce qu’espérer approcher…

Alors à quoi bon poireauter deux heures à se flageller avec ce genre de visions ?

Entre deux maux, Coralie choisit le moindre.

La voilà en route pour les soldes. Elle sort de l’ascenseur d’un pas décidé. A travers les parois vitrées, elle voit que la pluie a redoublé. Dans sa hâte, elle a oublié son parapluie dans la voiture. Elle décide d’emprunter le long couloir à sa droite. Il devrait l’amener directement au parking.

Enfin presque ! Au bout de quelques mètres, Coralie franchit une première porte puis une seconde. Elle pénètre dans un autre couloir aussi long que le précédent mais sans fenêtre. Des flèches indiquent tout un tas de choses. Service de ceci, service de cela… Tout sauf ce qu’elle cherche c’est-à-dire la sortie. Cet hôpital est un vrai labyrinthe. Maintenant c’est une porte à double battant qui lui barre résolument le chemin. Décidément… Quelle idée de mettre autant d’obstacles dans un lieu pareil ! Elle a une pensée émue pour les brancardiers.

Soudain, un mot attire son attention. Sénologie.

Elle se rappelle que son gynécologue lui a conseillé de passer une mammographie. Sa première.

« Vous avez 45 ans. Une de vos tantes a eu un cancer du sein. Ce serait bien d’avoir un premier cliché. Il servirait de référence par la suite. Mais rien ne presse. »

Puisque je suis là à tourner en rond, autant en profiter pour prendre rendez-vous, se dit Coralie.

Sitôt dit, sitôt fait. La voilà devant la secrétaire de Sénologie.

« Bonjour, je souhaiterais prendre rendez-vous pour une mammographie.

— Vous avez de la chance, vous ! Je viens juste d’avoir un désistement. Si vous êtes disponible…

— Ça tombe bien, j’ai deux heures devant moi ! »

Dix minutes plus tard, elle pénètre torse nu dans une petite pièce avec une drôle de machine au centre. Une jeune femme rousse la prie de s’avancer et lui plaque le sein droit sur l’appareil.

« Levez le bras. Tenez-vous bien droite. Pas comme ça… tirez le menton en arrière. Voilà ! Maintenant, ne bougez plus. » La jeune femme s’écarte, appuie sur un bouton. L’appareil se met en marche. Une espèce de plaque vient écraser le sein de Coralie. Aïe ! Ça devient carrément désagréable cette affaire. »

« Enfin, pense-t-elle, au moins, c’est fait, je serai débarrassée. Finalement, je m’en sors plutôt bien. En une matinée, j’aurai fait les seins et le genou. Pourvu que ce problème de ménisque ne gâche pas ma saison de ski ! »

Les deux seins sont radiographiés.

« Retournez dans votre box mais ne vous rhabillez pas. Le médecin va vous examiner. »

Coralie obtempère, un peu décontenancée par cette avalanche d’ordres. Elle a la désagréable impression d’être devenue un pantin articulé. Elle pense aux femmes malades. Elle les plaint.

Elle en est là de ses réflexions quand le médecin la rejoint. C’est un homme d’une quarantaine d’années. Il la fait entrer dans la salle d’examen.

« Allongez-vous, dit-il, mettez les bras derrière la tête. »

Elle s’exécute, pressée d’en finir. Il lui palpe le sein droit puis le gauche. Elle sent qu’il insiste sur le gauche. Il lui tâte l’aisselle.

« Je vais vous faire une échographie.

— Ne bougez pas, je vais vous mettre du gel.

— Mais pourquoi une échographie ? Il y a quelque chose de bizarre ?

— Oui, je ne vous le cache pas, il y a un petit nodule à gauche. Il faut en savoir plus. »

Sur l’écran, il lui désigne une petite tache sombre.

« Nous allons faire une biopsie.

— Une biopsie ? Docteur, vous m’inquiétez !

— Ce n’est pas cancéreux quand même ?

— Franchement, je n’en sais rien. L’image n’est pas très nette. Cette forme étoilée ne me plaît guère. Mais je ne peux pas vous en dire plus. Il faut attendre les résultats. Nous les aurons sous huitaine.

— Ah… »

Biopsie… Ce terme, Coralie le connaît. Comme tout le monde. Mais elle ne s’est jamais posé la question de sa mise en pratique. Elle imagine une espèce de ponction dans le sein. Elle est douillette. Elle craint le pire. Alors, timidement, elle demande :

« Docteur, ça ne fait pas mal, j’espère…

— Le geste n’est pas réputé douloureux, je vous rassure. Nous avons coutume de le pratiquer sous anesthésie locale. C’est la première étape. La seconde consiste à pratiquer une petite incision de 2 à 3 millimètres dans le sein. On appelle cela une « moucheture ». C’est par là que j’introduis l’aiguille à biopsie. Puis je la positionne au contact de la lésion. A l’intérieur de l’aiguille se trouve un petit mécanisme que je vais armer pour l’introduire dans le nodule. Vous entendrez un léger claquement comme un petit coup de pistolet. Le reste n’est qu’un jeu d’enfant. Je prélève quelques petits échantillons de tissus qui partiront en analyse. Comme je vous l’ai dit, il faut compter une petite semaine pour avoir les résultats. »

Une heure plus tard, Coralie quitte l’hôpital un pansement sur le sein gauche.

Elle a mal. Au sein, à l’âme. Partout.

Du coup, elle a oublié où elle était garée. Elle cherche sa voiture, fait le tour du parking et finalement la trouve. Elle s’installe au volant, démarre machinalement, grille le premier feu rouge et pile brutalement. Sur l’autoroute, elle se trompe de sortie. Elle doit faire un effort pour se concentrer et ne pas terminer la journée à Paris !

Soudain son portable sonne. Elle décroche. C’est le répondeur. Un message de son mari, tout joyeux.

« Alors, ma chérie, ce ménisque, ça va ? Pour le ski, pas de souci ?

— Ce ménisque mais quel ménisque ? » se demande Coralie, étonnée.

Elle songe alors à son IRM du genou qu’elle a totalement oubliée.

Elle va décrocher, lui expliquer. Il saura la rassurer. Il n’est pas médecin mais elle a envie de l’entendre dire que ce n’est pas grave. Elle a surtout très envie de le croire. Mais elle se ravise. Elle ne veut pas l’ennuyer avec ça. Les mauvaises nouvelles peuvent attendre. Et le pire n’est pas certain.

Du moins pas encore…


Extrait tiré du livre « Vingt femmes face au cancer du sein » de Agnès Fontaine.

20 femmes face au cancer du sein

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