Coronavirus – Le professeur Gala démonte les propos de nombreux experts: « Les chiffres ne corrèlent pas avec ce qu’on voit dans le milieu hospitalier »

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RTL INFO, publié le 20 septembre 2020 à 15h29

Jean-Luc Gala critique les propos de nombreux experts: "Ils ont une interprétation des chiffres qui n'est pas la nôtre"

Jean-Luc Gala critique les propos de nombreux experts: « Ils ont une interprétation des chiffres qui n’est pas la nôtre »

Jean-Luc Gala était l’invité de Pascal Vrebos ce dimanche sur RTL-TVI. Le professeur est spécialiste des maladies infectieuses à l’UCL, chef de clinique et directeur de l’Unité de menaces biologiques. Notre présentateur a fait réagir Jean-Luc Gala sur les propos de divers experts: Marc Van Ranst, Emmanuel André, Erika Vlieghe ou encore de Marius Gilbert. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le professeur n’est pas d’accord avec eux sur la description qu’ils font de l’épidémie de coronavirus en Belgique. En résumé, Jean-Luc Gala estime qu’il faut être vigilant et maintenir nos efforts, mais que la situation n’est pas dramatique. Il affirme que les interprétations faites par les experts sur les statistiques ne correspondent pas à la réalité qu’il observe sur le terrain, dans les hôpitaux. 

Voici les extraits de l’interview de Jean-Luc Gala, qui s’explique sur sa position et réagit à cette question de Pascal Vrebos: « Tout le monde a tort et vous avez raison?« .

C’est incroyable qu’un épidémiologiste sorte quelque chose de pareil!

La première réaction de Jean-Luc Gala concerne les propos de Marius Gilbert. L’épidémiologiste est intervenu dans l’émission C’est pas tous les jours dimanche avec ces mots: « Il faut comprendre ce qu’est une épidémie et ce qu’est une croissance exponentielle. Quand les choses doublent toutes les semaines ou toutes les deux semaines, en un mois on peut passer d’un petit chiffre à un chiffre très important. Et ça il faut pouvoir le voir et l’anticiper« .

Réaction de Jean-Luc Gala: « C’est incroyable qu’un épidémiologiste sorte quelque chose de pareil! C’est vraiment incroyable. Il n’y a pas une progression exponentielle des cas. Il y a une série de tests positifs qui sont liés à une augmentation du nombre de tests qu’on fait en Belgique. Le ratio reste globalement de 3% à 4% de tests positifs. On ne parle pas de malades! On parle de tests! D’un résultat. Ça reste à 3% ou 4% depuis des semaines! C’est la même chose en France, c’est la même chose à peu près partout en Europe. Donc une épidémie, non. On a des cas positifs, et on a des cas sporadiques, il faut le reconnaître, qui arrivent à l’hôpital mais qu’on ne voit plus aux soins intensifs. 70 lits occupés aux soins intensifs en Belgique sur une capacité totale de 2.000 lits… Ce sont les intensivistes eux-mêmes qui me fournissent ces données… Mais ce n’est rien par rapport à la problématique de santé globale! Vous savez qu’il y a 7.000 cas hospitalisés en Belgique non-covid tous les jours. 7.000 cas par rapport à 40 cas par jour. Franchement, vous m’excuserez de ne pas m’inquiéter outre mesure, mais de rester vigilant et attentif« .

Je voudrais que monsieur Van Ranst nous explique exactement ce qu’il comprend de ce nombre R

Autre réaction, cette fois sur les propos de Marc Van Ranst. Le virologue de la KU Leuven passe chaque semaine sur les télévisions flamandes. Sur Twitter, il a affirmé que « tous les virologues avertissent à l’unanimité qu’on va dans la mauvaise direction« . Marc Van Ranst a également déclaré cette semaine qu' »il y a un nombre de nouveaux cas qui augmente de 75% par semaine » et que « le nombre R est à 1,4« . Ce chiffre R est le taux de reproduction du virus. C’est le nombre de personnes qui peuvent être infectées en moyenne par une personne porteuse du virus.

Réaction de Jean-Luc Gala: « Ce nombre R, c’est une formule mathématique hyper complexe. Et je voudrais que monsieur Van Ranst nous explique exactement ce qu’il comprend de ce nombre R et comment on le calcule« . Pascal Vrebos relance le professeur avec un « Mais vous remettez tout en question!« . « Je ne remets rien en question monsieur Vrebos. Je dis simplement qu’un chiffre est un chiffre. Et nous médecins, nous ne traitons pas des chiffres. Nous traitons des patients. Ce que nous voyons en hôpital, nous devons nous en occuper. Nous devons être très vigilants par rapport au système hospitalier et à sa capacité à traiter des malades. Ça oui. Mais un R ne veut rien dire dans sa formule actuelle« .

Je ne sais pas si Emmanuel André a consulté récemment les chiffres de Sciensano…

Pascal Vrebos a ensuite présenté les déclarations d’Emmanuel André. Le médecin microbiologiste et chercheur responsable du laboratoire de diagnostic des maladies infectieuses de l’hôpital UZ Leuven a été porte-parole interfédéral coronavirus durant plusieurs semaines. Il a affirmé sur Twitter que « 1) Les efforts des écoles sont efficaces. 2) La situation chez les ados et jeunes adultes est encore relativement stable. 3) L’évolution dans les groupes plus âgés est inquiétante« . Emmanuel André a aussi pointé du doigt les débats sur l’assouplissement des mesures. « Ce qui est un peu dommage avec ces débats sur l’assouplissement des mesures, c’est qu’une fois que des mesures mieux pondérées (aucun doute qu’on peut faire mieux…) auront été trouvées, elles ne seront déjà plus d’actualité. Car on est en train de rater le train…« , a-t-il publié sur Twitter le 18 septembre.

Réaction de Jean-Luc Gala: « Je ne sais pas si Emmanuel André a consulté récemment les chiffres de Sciensano (ndlr: l’Institut scientifique de santé publique, un établissement scientifique fédéral belge, lié au SPF Santé publique), j’espère pour lui. Parce que dans les chiffres que l’on voit tant publiés par Sciensano qu’en France, en Allemagne, en Italie… Tous ces chiffres montrent le pic de cas positifs, mais quand on dit ‘cas positifs’, on parle bien de ‘tests positifs’, pas de malades. C’est un pic qui se situe au maximum entre 10, 20 et 30 ans. Les personnes à risque, qui étaient celles que nous voyions en hôpital, et qui effectivement surchargeaient les hôpitaux en mars et avril, nous ne les voyons plus. Et les cas positifs chez ces personnes, nous ne les voyons plus non plus. Quand je dis que nous ne les voyons plus, de nouveau, pondérons. Ce ne sont plus la majorité des personnes positives« .

Tout le monde a tort et vous avez raison?

Derniers propos présentés à Jean-Luc Gala: ceux d’Erika Vlieghe. La présidente du GEES, le groupe qui a piloté la sortie du confinement en Belgique, a affirmé qu' »il y a une hausse des contaminations » et que « c’est inquiétant« . Face à ces nombreuses remises en question, Pascal Vrebos présente ensuite la question suivante: « Tous ces gens ont faux, c’est vous qui avez raison?« .

Réponse de Jean-Luc Gala: « Monsieur Vrebos, je ne dis pas qu’ils ont faux. Je dis qu’ils voient les chiffres avec les yeux autres que les nôtres. Ils ont une interprétation des chiffres qui n’est pas la nôtre. J’ai discuté avec Erika Vlieghe hier pendant 2h30 d’interview organisée par les journalistes du Knack. Nous avons discuté d’une manière polie, courtoise, entre intellectuels qui ont une approche discordante par rapport à la problématique. Mais nous avons convenu qu’il y avait un certain nombre de points où nous étions d’accord. Et elle a reconnu qu’effectivement la situation n’avait pas la gravité que lui conféraient certains experts du Celeval (ndlr: cellule d’évaluation, chargée de conseiller les membres du CNS, le Conseil national de sécurité) à l’heure actuelle. Mais qu’il fallait rester attentifs, ce sur quoi nous sommes d’accord« .

Pour terminer, Jean-Luc Gala a reconnu avoir affirmé que « certains experts flamands étaient des espèces d’ayatollahs » et qui « pesaient beaucoup trop sur le politique« . Le professeur s’est ensuite expliqué, résumant son avis sur la crise sanitaire actuelle.

« Ayatollah, ça veut dire quoi? C’est quand en tant que scientifique vous maintenez une position dogmatique envers et contre tous. Envers et contre les évidences médicales et scientifiques. Les chiffres qu’on nous a donnés depuis des semaines ne corrèlent pas du tout ou plus du tout avec ce qu’on voit dans le milieu hospitalier. On a des cas sporadiques et on ne le conteste pas. Il y a des patients covid en soins intensifs, oui. Certains patients de soins intensifs sont là depuis des semaines et des semaines, ce ne sont donc pas des nouveaux cas… mais ils sont comptabilisés dans les cas de soins intensifs actuellement rapportés par Sciensano. Est-ce qu’on parle donc d’une épidémie et de quelque chose de nouveau? Non. Il y a des cas sporadiques? Oui. Est-ce que c’est exponentiel? Non. Est-ce que la situation médicalement est hors contrôle? Non. Est-ce qu’on doit absolument être vigilant pour contrôler cette situation hospitalière? Oui. Est-ce qu’on doit recommander les mesures et la persistance des mesures à la population? Oui! Et moi je l’encourage parce que franchement notre population a été exemplaire, résiliente et a fait le maximum pour se protéger« , a ajouté Jean-Luc Gala.