La 5G devient une réalité pour les ménages français

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La 5G devient une réalité pour les ménages français

Source : la-croix.comRomain Subtil, le 18/11/2020 à 06:54 Modifié le 18/11/2020 à 10:07

Les faits

Les faits À compter de ce mercredi 18 novembre, les quatre opérateurs téléphoniques français sont autorisés à allumer les antennes 5G, nouvelle génération de réseau mobile. Le succès commercial dépendra cependant du renouvellement du parc et du déploiement de l’infrastructure.


La 5G, c’est parti. La cinquième génération de téléphonie mobile devient une réalité en France, alors que l’Arcep, l’autorité qui régule le secteur des télécoms, autorise à partir de ce mercredi 18 novembre les opérateurs Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free à exploiter leur réseau mobile de nouvelle génération.

Les quatre opérateurs français rejoignent ainsi la trentaine d’acteurs déjà passés à la 5G en Europe. « Chez SFR, on est prêt, la 5G, on y croit beaucoup », affirme un porte-parole de l’entreprise, qui se montre discret sur les futurs tarifs. Au sujet de ces derniers, l’Idate, cabinet spécialisé dans l’économie numérique, repère deux manières de procéder : la « premiumisation » (proposer des offres premium) et la généralisation.

« La ”premiumisation” est elle-même de deux sortes, explique un des membres du cabinet. Une possibilité pour l’opérateur est de dire : “Si vous voulez de la 5G, c’est tant d’euros plus cher que pour de la 4G”, comme lorsqu’on passe de l’ADSL à la fibre. » Cette stratégie n’a pas eu beaucoup de succès dans les autres pays, et n’avait pas vraiment marché pour un passage de la 3G vers la 4G. « L’autre possibilité de “premiumisation” est plus subtile, reprend l’analyste. Elle consiste, pour l’opérateur, à affirmer que si tous ses forfaits ne sont pas en 5G, ceux qui le seront bénéficieront des enveloppes de data (le volume de données, NDLR) les plus importantes. On attire alors les clients vers des prix plus élevés en utilisant la 5G comme un attribut de valeur complémentaire. » C’est la manière de faire que devraient privilégier les opérateurs, dans un premier temps.

Une grande prudence recommandée

Dans ce contexte, les associations de consommateurs recommandent une grande prudence. « Un consommateur investissant dans un terminal équipé pour la 5G peut se retrouver, du fait de son nouveau forfait, lié par un engagement sur douze ou vingt-quatre mois, fait remarquer Antoine Autier, de l’UFC-Que choisir. Alors que les prix, par les effets de la concurrence, vont peut-être baisser d’ici à quelques mois. » La voie alternative à celle faisant de la 5G un objet réservé à quelques happy few est donc celle dite de la généralisation, inspirée de ce que Bouygues et Free avaient fait il y a plusieurs années avec la 4G. Leurs gammes respectives de forfaits avaient été massivement converties vers cette nouvelle génération de téléphonie mobile, ce qui avait eu pour effet de baisser son coût pour le consommateur et de la généraliser.

Pour des questions d’image, on enjoint aux opérateurs de se montrer pionniers sur la 5G. « 40 % des mobiles que nous vendons actuellement sont compatibles avec cette technologie », relève Laetitia Orsini-Sharps, directrice des offres multiservices d’Orange. Néanmoins la diffusion de la 5G ne peut être que très progressive : il faut laisser au parc le temps de se renouveler, le consommateur français ne changeant de téléphone, en moyenne, que tous les vingt-huit mois. La montée en puissance de la 5G ne devrait être effective qu’au cours du deuxième semestre 2021, de l’aveu même de Stéphane Richard, le PDG d’Orange qui « ne s’attend pas à de gros volumes cet hiver ».

Le succès commercial dépend par ailleurs du déploiement de l’infrastructure. L’Agence nationale des fréquences a recensé à ce jour un peu moins de 500 antennes réparties dans les neuf villes tests choisies, parmi lesquelles Paris, Marseille, Lille, Nantes. Les clients de la 5G ont la promesse d’une amélioration du débit, faisant passer de plus gros volumes de données dans un temps plus réduit. Mais à condition d’être proches d’une de ces antennes…

Un succès essentiellement urbain attendu

Pour autant, l’expérience du client ne devrait pas être fondamentalement différente de la 4G. Surtout s’il accède à la 5G via sa bande de fréquence la plus basse, de 700 MHz, qui a l’avantage d’une portée longue mais ne peut transporter beaucoup plus de données que la 4G. « Nous aimerions que l’Arcep impose aux opérateurs de distinguer la qualité des zones de couverture, explique Antoine Autier. Elle n’a émis que des “recommandations”, ce qui, juridiquement, n’est pas opposable. »

Le succès de la 5G devrait donc être essentiellement urbain, au moins d’ici les deux prochaines années. « Dans un quartier comme la Défense, à l’ouest de Paris, à 17 heures, la 5G permettra d’éviter la saturation des réseaux, fait-on remarquer à l’Idate. Mais alors que le volume des données échangées croît de 40 % par an, cela s’avérera utile partout dans le pays, d’ici deux ans. » Le déploiement des antennes devrait permettre de désengorger les réseaux, ce qui est la vertu principale de la 5G selon ses promoteurs. Même si ces promesses ne seront véritablement tenues qu’à partir de 2023-2024, quand les réseaux seront suffisamment déployés.

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Trois bandes pour la 5G

La nouvelle génération de téléphonie mobile repose sur trois bandes de spectre :

  • la bande la plus basse, de 700 MHz, a les caractéristiques la plus proches de la 4G.
  • la bande comprise entre 3,4 et 3,8 GHz, considérée comme la principale bande de la 5G, offrant un bon compromis entre le volume des données transportées et la portée.
  • la bande de 26 GHz, aussi dite « millimétrique ». Elle sert au transport d’un volume très important de données en un lieu spécifique (stade, gare, port…). La portée étant faible, elle suppose l’installation de nombreuses antennes.