« Le régime cétogène » pour lutter contre le cancer, plus de mal que de bien ?

« Le régime cétogène » pour lutter contre le cancer, plus de mal que de bien ?

Extrait du livre du Dr L. M. Jacob « La nutrition raisonnée »

Le véritable régime cétogène fut à l’origine élaboré au début des années 1920 afin de traiter l’épilepsie pédiatrique mal stabilisée par les médicaments.

Elle constitue par définition un mode d’alimentation pauvre en glucides et riche en graisses (Arends, 2008 ; SAN, 2001).

Ce régime vise à établir une cétose qui produit de l’énergie par l’intermédiaire des corps cétoniques. Cela ne peut avoir lieu qu’en cas de réduction importante des glucides, mais aussi des protéines, car la plupart des acides aminés constituant les protéines sont glucosés et peuvent servir aussi à la gluconéogenèse (fabrication du glucose).

La cétose est le résultat d’un manque de glucose, ce qui se produit en cas de longues périodes de jeûnes ou en cas de famine. En tant qu’interventions thérapeutiques réduites dans le temps, les cétoses peuvent avoir une action favorable qui se manifeste lors de périodes de jeûnes utilisées en guise de thérapies douces depuis des siècles, mais il ne viendrait à l’idée d’aucun naturopathe d’utiliser le jeûne cétonique à long terme !

Les corps cétoniques produisent des radicaux oxygénés et sont une cause de peroxydation lipidique (Jain et al., 1998 a et b ; Jain et Mcvie, 1999) responsables de maladies des vaisseaux capillaires chez les diabétiques (Jain et al., 1998 b).

Sur quels fondements repose le régime cétogène ?

Les régimes anticancer cétogènes modernes reposent sur deux thèses principales selon lesquelles la suppression des glucides réduit le taux de glucose et d’insuline ce qui endommage durablement la tumeur car celle-ci possède un métabolisme glucosé élevé. Le régime cétoné du prix Nobel Otto Warburg s’appuie sur cet élément et sur l’effet de glycolyse aérobie qu’il a lui-même découvert.

Ces thèses sont-elles toujours vérifiées ?

Cependant, cette baisse importante des glucides est susceptible de ne pas faire baisser suffisamment la disponibilité du glucose sanguin, car un grand nombre de données indiquent que les cellules tumorales surexpriment les médiateurs glucosés. Dans des conditions physiologiques, la baisse du glucose ne suffit donc pas à mettre en danger l’alimentation en glucose des cellules malignes (Mellanen et al., 1994 ; Noguchi et al., 1999 ; Rudlowski et al., 2003 ; Palit et al.; 2005 ; Arends, 2008).

Le gène TKTL1, découvert par le Dr Johannes Coy, joue un rôle important dans la glycolyse aérobie et l’évolution cancéreuse qui lui est liée. L’activation de ce gène au sein des cellules cancéreuses engendre une augmentation de l’absorption du glucose, une production accrue d’acides lactiques et un phénotype malin des cellules cancéreuses. Des études montrent qu’une expression élevée de ce gène est liée à un faible taux de survie, à un nombre plus important de métastases et de récidives et à une résistance à la chimiothérapie et à la radiothérapie.

En 1972, Sydney Weinhouse pouvait déjà démontrer que la consommation d’énergie au sein des cellules tumorales n’était pas aussi élevée ni même plus élevée qu’au sein des cellules saines correspondantes. Les cellules cancéreuses tirent donc parti du transport des électrons et de la phosphorylation oxydée (Bloch-Frankenthal et al. 1965).

Par contre, une inflammation peut littéralement « allumer » la progression tumorale et disperser les métastases, car les cellules immunitaires associées au cancer ont une apparence glycolytique et « alimentent » de cette façon le métabolisme mitochondrial des cellules cancéreuses (Sotgia et al. 2012).

Ces brefs exposés sont censés démontrer que les modèles d’explication sont certes populaires et éclairants mais qu’ils ne rendent pas justice à la complexité de la biologie tumorale et qu’ils ne portent leurs fruits qu’en théorie.

Par ailleurs, la suralimentation en protéines qui reprend les recommandations du régime anticancéreux cétogène garantit l’alimentation optimale de la tumeur.

C’est pourquoi la recommandation consistant à consommer une quantité importante de protéines comme c’est le cas pour le régime cétogène est uniquement valable pour les cancéreux atteints de cachexie.

La Ligue contre le cancer allemande recommande un apport protéiné situé entre 1,2 à 2 grammes de protéines par kilo si la perte de poids est due à la tumeur (syndrome primaire d’anorexie-cachexie). En revanche pour les autres types de cancer, elle s’appuie sur le rapport le plus récent du FMRC qui recommande aux cancéreux de « s’alimenter comme on le recommande pour les personnes en bonne santé souhaitant éviter de tomber malades ».

Maintenant, nous avons démontré que le taux de glucose sanguin ne pouvait baisser suffisamment pour inhiber une tumeur sans tuer le patient.

Le livre consacré aux profanes, intitulé Les cellules cancéreuses adorent le sucre mais les patients ont besoin de gras (Kämmerer et al., 2012) constitue un exemple typique des conseils prodigués afin de vanter les mérites d’un régime anticancéreux basé sur les protéines animales et les graisses. Il se qualifie lui-même de nouvel ouvrage de référence en faveur d’une alimentation cétogène visant à lutter contre le cancer ». Il décrit des relations intéressantes, mais adopte malheureusement un point de vue unidimensionnel, intenable sur le plan nutritionnel (tous les glucides y sont mauvais, les lipides et les protéines bonnes).

Les recommandations s’adressent aux profanes : elles sont dispensées sans différencier ni le type de tumeur ni son évolution, n’évoquent pas le métabolisme et l’état nutritionnel du patient et ne fournissent aucune preuve clinique ou épidémiologique.

Dans le cas des tumeurs très agressives et à forte capacité de fermentation glucosique, il existe certaines preuves en faveur de la restriction glucidique.

Les recommandations nutritionnelles devraient cependant être réfléchies et tenir compte de la teneur en fibres, en minéraux, en vitamines, en substances végétales secondaires et en substances potentiellement nocives pour l’organisme.

Que recommandent les autorités mondiales à ce sujet ?

Le Fonds de recherche pour le cancer qui coordonne le réseau mondial des organisations anticancéreuses et l’Institut américain de recherche contre le cancer ont émis en 2007 les recommandations suivantes dans leur second rapport consacré à l’alimentation, à l’exercice physique et à la prévention du cancer :

  • rester aussi mince que possible dans les limites d’un poids normal
  • être physiquement actif au quotidien
  • choisir des aliments à densité énergétique faible
  • consommer surtout des fruits et légumes et manger si possibles des légumineuses et des céréales bio à chaque repas
  • réduire la quantité de viande à 500 grammes par semaine et éviter totalement la viande traitée, à titre d’exemple la charcuterie.

Elles établissent les niveaux de risque suivants à partir de quatre niveaux de preuve (convaincant, probable, possible ou insuffisant) :

  • la viande rouge et traitée favorise avec un niveau de preuve convaincant le cancer du gros intestin.
  • Les fibres ont probablement une action protectrice contre le carcinome du côlon et du rectum.
  • Les fruits et légumes protègent probablement d’un grand nombre de cancers.
  • Une alimentation riche en calcium augmente probablement le risque de cancer de la prostate.
  • Le sel de table augmente probablement le risque de cancer de l’estomac.
  • Les céréales ne présentent aucun risque d’augmentation des cancers
  • Il est possible que les aliments à forte teneur en sucres ajoutés augmentent le risque de cancer de l’intestin.
  • D’autres corrélations entre le sucre et le cancer n’ont pas été établies, mais une consommation de sucres élevée est déconseillée.
  • Une consommation élevée de graisses rend possible le risque de cancer du sein, des poumons et du gros intestin.

Le soi-disant régime cétogène contredit donc clairement les recommandations internationales en matière de nutrition et de médecine et ne s’appuie sur aucune base scientifique sérieuse.

Les tumeurs réagissent à la restriction glucidique en surexprimant les transporteurs glucosés. Elles peuvent également alimenter le sang en combustibles en cas d’extrême hypoglycémie. De plus, la restriction glucidique augmente le risque de troubles psychiques et métaboliques.

Les adipocytes, tout comme les cellules cancéreuses, se réjouissent toutes deux de la présence d’une grande quantité de graisses. Quant aux cellules cancéreuses, elles se font une joie d’absorber les protéines animales.

Extrait du livre du Dr L. M. Jacob « La nutrition raisonnée »

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